Yaoundé, 28 mai 2026 (CEA) – La guerre au Moyen-Orient pourrait durablement redessiner les équilibres énergétiques, logistiques et industriels mondiaux, avec des répercussions particulièrement lourdes pour les économies d’Afrique centrale. C’est le principal constat qui ressort du webinaire de haut niveau organisé par le Bureau sous-régional de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) pour l’Afrique centrale autour du thème : « La guerre au Moyen-Orient et ses implications pour l’Afrique centrale ».
Réunissant responsables publics, experts des communautés économiques régionales, universitaires, institutions financières et acteurs du secteur privé, les échanges ont mis en lumière la profondeur d’une crise désormais considérée comme multidimensionnelle : énergétique, alimentaire, géostratégique, industrielle et sécuritaire.
Dès l’ouverture des débats, le Directeur du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale a insisté sur la nécessité pour la sous-région de dépasser les réponses conjoncturelles pour construire une vision collective de puissance économique et stratégique.
« L’Afrique centrale détient tout ce qu’il faut pour devenir une puissance énergétique, métallurgique, agricole et verte. Elle possède près de 65 % des ressources énergétiques du continent et environ 25 % des ressources hydriques africaines. Mais sans intégration régionale et sans transformation locale, ces richesses continueront à alimenter les économies d’autres continents ».
Les discussions ont particulièrement souligné la complexité géopolitique du conflit. Dans son exposé introductif, Adama Ekberg Coulibaly, Chef de la section des initiatives sous-régionales au sein dudit Bureau a rappelé que le Moyen-Orient concentre près de 48 % des réserves mondiales prouvées de pétrole et environ 40 % des réserves mondiales de gaz naturel, faisant de cette région l’épicentre des tensions énergétiques mondiales.
Au cœur des inquiétudes : le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit près de 25 % du commerce maritime mondial de pétrole, ainsi qu’une part significative du commerce mondial des engrais et du gaz. Toute perturbation durable dans cette zone entraîne automatiquement une onde de choc sur les prix mondiaux de l’énergie, des fertilisants et du transport maritime.
Pour les experts, les effets sont déjà visibles en Afrique centrale.
Depuis le déclenchement de l’escalade, les prix des hydrocarbures, du gaz et des engrais connaissent une hausse rapide sur les marchés internationaux, avec des conséquences directes sur les finances publiques. Les données présentées au cours du webinaire montrent que certains indices mondiaux des fertilisants ont atteint des niveaux historiquement élevés, dépassant par moments les 1 600 dollars la tonne sur certains segments du marché mondial.
Selon les analyses présentées par Abdelmadjid Attar, expert sénior et ancien ministre algérien des hydrocarbures, cette crise révèle surtout la fragilité structurelle des économies africaines face aux dépendances extérieures.
« L’Afrique ne subit pas seulement une guerre lointaine. Elle subit les conséquences directes d’un système mondial où les chaînes énergétiques, alimentaires, logistiques et financières sont totalement interconnectées. »
Il a notamment alerté sur les risques combinés de ralentissement économique, d’inflation importée, d’aggravation des déficits commerciaux et de tensions sociales dans plusieurs pays de la sous-région.
Paradoxalement, les intervenants ont estimé que cette crise pourrait aussi constituer une opportunité historique pour accélérer la transformation structurelle de l’Afrique centrale.
Pour Adama Ekberg Coulibaly, la région doit désormais se positionner comme :
« une plaque tournante incontournable de solutions énergétiques, logistiques et écologiques, une base manufacturière pour la transformation sur place des minerais critiques et des produits stratégiques ». Il a insisté sur la nécessité de traiter les hydrocarbures comme un levier d’intégration régionale et non plus uniquement comme une rente d’exportation.
Les participants ont plaidé pour des réponses ambitieuses et coordonnées à l’échelle régionale, parmi lesquelles : la création de chaînes de valeur régionales intégrées dans les hydrocarbures, les engrais et les produits agricoles ; l’investissement dans des raffineries régionales et des infrastructures de stockage stratégique ; le développement de zones économiques spéciales de nouvelle génération orientées vers la transformation industrielle ; l’accélération des corridors logistiques et des infrastructures de transport ; la montée en gamme des industries régionales dans le cadre de la ZLECAf ; la création d’une plateforme régionale permanente de veille stratégique et d’anticipation des crises.
« Nous devons saisir cette crise comme une opportunité et repositionner les économies d’Afrique centrale sur une trajectoire de transformation, d’innovation et de croissance durable. » a conclu Jean Luc Mastaki.
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