Brazzaville, Congo, le 27 mai 2026 – L’Afrique doit combler d’urgence le déficit de financement des investissements dans l’eau et l’assainissement si elle veut accélérer ses progrès en matière de développement durable, de résilience climatique et de transformation économique, a déclaré le Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, M. Claver Gatete, lors des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement.
S’exprimant lors d’un évènement parallèle de haut niveau consacré au financement des investissements dans l’eau en Afrique, M. Gatete a félicité le Groupe de la Banque africaine de développement, la Commission de l’Union africaine, le Conseil des ministres africains de l’eau et leurs partenaires pour avoir organisé ce qu’il a qualifié de discussion opportune et stratégique sur l’avenir de l’eau en Afrique.
Il a ajouté que cet évènement intervenait à un moment crucial pour la mise en œuvre de la Vision africaine de l’eau 2063, qui vise à bâtir une Afrique où l’eau est une ressource sûre et résiliente, avec un accès à l’assainissement pour tous.
« Le défi ne réside pas dans le manque de solutions, mais dans la manière de les prioriser, de les financer et de les mettre en œuvre à grande échelle », a déclaré M. Gatete, soulignant que les discussions avaient mis en lumière des expériences pratiques, des pistes concrètes et l’urgence de traduire les ambitions en actions.
M. Gatete a replacé le défi de l’eau en Afrique dans le contexte mondial, notant que 2,2 milliards de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à l’eau potable gérée en toute sécurité, tandis que 3,4 milliards n’ont pas accès à des installations sanitaires gérées en toute sécurité. En Afrique, plus de 400 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable de base et plus de 700 millions n’ont toujours pas accès à des installations sanitaires gérées en toute sécurité.
Il a mis en garde que les investissements liés à l’eau continuent de recevoir moins de 3 % du financement climatique mondial, alors que l’eau est le principal vecteur par lequel les impacts du changement climatique se font sentir à travers les sécheresses, les inondations et la variabilité climatique.
« Ce déséquilibre a créé un décalage croissant entre l’ampleur du risque et des investissements », a-t-il déclaré.
Selon M. Gatete, l’Afrique a besoin de plus de 50 milliards de dollars des États-Unis par an pour atteindre l’Objectif de développement durable 6 relatif à l’eau propre et à l’assainissement, alors que les investissements actuels ne s’élèvent qu'à 12 à 15 milliards de dollars des États-Unis par an.
Il a souligné que les conséquences de ce déficit de financement dépassent le seul secteur de l’eau et affectent l’agriculture, l’énergie, l’industrie, le développement urbain, la santé publique et la résilience climatique.
« Le sous-investissement dans l’eau n’est pas seulement un problème social, mais aussi une contrainte économique structurelle », a-t-il déclaré.
M. Gatete a appelé à une refonte fondamentale de la place de l’eau dans les économies africaines. Il a affirmé que l’eau ne devait pas être considérée uniquement comme un service public à fournir, mais comme « le sang de nos économies », essentielle au maintien des systèmes alimentaires, à la production d’énergie, au développement industriel, à l’intégrité des écosystèmes, à la santé publique et à l’intégration régionale.
Il a ajouté que l’eau est également cruciale pour libérer le potentiel de l’économie bleue africaine et doit être considérée comme un actif d’investissement capable de stimuler la croissance, l’emploi et la résilience.
Présentant quatre priorités d’action, M. Gatete a exhorté les pays à placer l’eau au cœur de leurs politiques économiques et de leurs processus décisionnels en l’intégrant à leurs plans nationaux de développement, à leurs stratégies budgétaires et à leurs cadres d’investissement.
Il a également plaidé pour le renforcement des systèmes de préparation des projets afin de constituer un solide portefeuille de projets d’eau bancables et prêts à l’investissement, incluant des solutions innovantes telles que la réutilisation des eaux usées, les systèmes fondés sur la nature et les infrastructures d’assainissement résilientes face au changement climatique.
De plus, il a souligné la nécessité de développer les mécanismes de financement mixte et de partage des risques, notamment par le biais de plateformes comme le Mécanisme africain pour l’eau, afin de mobiliser des capitaux privés et de diversifier les sources de financement. Il a par ailleurs indiqué qu’il serait essentiel d’accroître les marges de manœuvre budgétaires grâce à une gestion de la dette et à des réformes du financement plus rigoureuses.
Enfin, M. Gatete a appelé à une gouvernance renforcée, à des systèmes de données fiables et à des cadres de responsabilité afin de garantir que les investissements produisent des résultats mesurables, inclusifs et durables.
« La prochaine étape doit viser à transformer les discussions en résultats concrets, notamment des projets financés, des partenariats renforcés et un meilleur accès à l’eau et à l’assainissement pour des millions de personnes en Afrique », a-t-il insisté.
M. Gatete a réaffirmé la volonté de la CEA de collaborer avec la Banque africaine de développement, la Commission de l’Union africaine, AMCOW, les communautés économiques régionales et ses partenaires afin de soutenir la mise en œuvre de la Vision africaine de l’eau 2063.
« Ensemble, nous pouvons agir pour l’Afrique », a-t-il déclaré.
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