Vous êtes ici

Allocution du Secrétaire général en ouverture de la réunion avec le Président de la République française et le Président de la Commission de l'Union africaine

13 mai, 2026
Secretary-General's remarks at the beginning of the meeting with the President of France and the Chairperson of the African Union Commission

Merci infiniment Monsieur le Président, cher Emmanuel, 

Nous sommes aujourd'hui ici, les deux organisations internationales et la France avec une vision commune sur ce moment de vérité pour l'Afrique. 

Nous savons que le chemin de l'Afrique n'a pas été facile. Les pays africains ont eu, en accédant à l’indépendance, énormément de difficultés, parce que, naturellement, toute la logique des infrastructures, de l’économie, des services sociaux etcetera n'était pas conçue pour le développement africain, mais conçue naturellement pour - et je connais bien ce problème en tant que portugais - pour les intérêts des pays colonisateurs. Et ça a un poids qui se manifeste encore dans les difficultés que les Africains, auxquelles ils font face. 

Mais à cette injustice s'est ralliée une autre injustice. C’est que quand les institutions multilatérales qui sont aujourd’hui chargées de la gouvernance, même si cette gouvernance est limitée au niveau international, les pays africains n’étaient pas encore en majorité indépendants et tout le dessin des institutions multilatérales a été fait sans tenir en compte les intérêts des peuples africains. 

On arrive aujourd'hui à un moment où, dans la rue, dans le sommet, où il y a une volonté forte des africains de prendre en main leur développement, la résolution de leurs défis, la médiation de leurs conflits et la valorisation des droits humains. 

On a vu l'Afrique définir une zone africaine de libre-échange. On a vu l'Afrique prendre la décision de réformer l'architecture financière africaine, sachant que la réforme de l'architecture financière internationale sera beaucoup plus compliquée. Mais, ce mouvement de mettre ensemble toutes les institutions financières africaines pour garantir que les ressources africaines restent en Afrique et permettent l'investissement en Afrique est une décision d'une importance stratégique fondamentale. 

Et je crois que ce qui est important à ce moment est de tout faire pour que la communauté internationale puisse répondre à cette assomption de responsabilité des africains en les appuyant, en reconnaissant les obstacles auxquels l’Afrique fait face.  

Quand on a défini l'écosystème économique et financier global, notamment après Bretton Woods, c’est évident que cet écosystème, avec toutes ses institutions, le Fonds Monétaire, la Banque mondiale et d'autres banques, d’autres institutions de régulation financière, les agences de notation, tout cet écosystème fonctionne d'une façon qui fait que les marchés s'orientent en bénéficiant essentiellement les pays développés et avec des difficultés d'accès, ce qui fait que les pays africains aujourd'hui ont une dette qui s'est aggravée énormément récemment avec des taux qui sont 3 fois le taux de référence. En même temps on voit que les pays africains ont une difficulté énorme d'accès à un capital avec un coût raisonnable. Le coût du capital est extrêmement fort pour la majorité des pays africains et que tout le système, notamment dans la logique de régulation économique et financière globale, ne facilite pas la capacité des africains de résoudre leurs problèmes. 

Alors, c’est le moment de tout faire, probablement pas pour une réforme profonde du système financier international, parce que nous savons que c'est une question de pouvoir et le pouvoir lui-même est à peine dissimulé, mais il y a un certain nombre de choses qu'on peut faire sans augmenter les dépenses budgétaires en créant des ressources qui peuvent être mises à la disposition de l’Afrique, pour soutenir l’effort africain de mobiliser ces ressources.  

On a eu l'exemple récent pendant le COVID, de la création de droits de tirage spéciaux. Le problème des droits de tirage spéciaux c’est qu’il distribuer en accord avec des quotas, ce qui veut dire que l'Afrique a reçu 5 pour cent. Heureusement, par l'initiative de la France et quelques autres, il y a eu une réallocation de quelques centaines de millions. Mais le système étant soi-même un système profondément injuste, mais en tous cas, c'est une possibilité de multiplier les ressources sans avoir de problèmes budgétaires. 

Si on voit l’aide officielle au développement. Nous le savons, elle ne va pas monter. Mais un dollar ou un euro, il est mis dans un projet contre un dollar. Mais si un dollar ou un euro est mis dans le capital d’une banque multilatérale, par exemple la Banque africaine de développement, ça vaut sept ou huit dollars. Alors, en ré-augmentant l’aide au développement, en privilégiant la recapitalisation des institutions financières internationales, et après il y a d'autres mécanismes qu’on peut aborder dans cette logique, qui font multiplier les ressources qui sont à la disposition des pays africains. 

D’ailleurs, quand on parlait des droits de tirage spéciaux, s’ils allaient sur la distribution qui a été faite par le Fonds Monétaire - un dollar c'était un dollar, si ça avait été fait par les banques multilatérales, il y aurait eu plus de dollars. 

Et il y a un certain nombre d'autres mécanismes qui permettent de multiplier les ressources à la disposition sans créer de dépenses additionnelles et même sans être allés au fond des injustices structurelles du système économique et financier. 

Je sais que la France va diriger une réunion du G7. Je connais parfaitement le climat actuel au sein du G7. Je sais que le Président Macron aura beaucoup de difficultés à convaincre quelques-uns de ses partenaires à rétablir la justice financière internationale, mais je crois que le G7 sera probablement ouvert à prendre des mesures qui ne coûtent rien et qui peuvent augmenter d’une façon très importante l’action du G7. 

Une autre chose qu'on peut faire pour multiplier les ressources, c'est de donner (inaudible) des garanties qui coûtent beaucoup moins mais qui permettent la mobilisation de l’investissement et de la finance.  

Alors, je crois que nous sommes dans un moment qui est un moment clé. Il y a une Afrique qui est capable d'assumer une stratégie pour son développement et il faut tout faire, même avec le réalisme de ceux qui savent qu’il y a des miracles qui ne vont pas être possibles, mais il faut tout faire, sans mettre en cause le système, augmenter de façon significative, l’aide internationale à l’Afrique.

Et le moment est encore plus important parce que l'Afrique sera la première victime de la crise du Moyen-Orient.  

Nous avons fait une analyse des impacts globaux avec 3 scénarios : ouverture immédiate (du détroit d’Hormuz), ouverture en fin de semestre, ouverture en fin d'année. L’ouverture immédiate aura déjà des conséquences graves du point de vue du ralentissement de la croissance et de l'augmentation de l'inflation. Il nous faudra au moins deux ou trois mois pour que les équilibres se rétablissent dans le fonctionnement des marchés. Mais les statistiques, en moyenne, ne veulent rien dire, parce que le continent africain est pratiquement, est le plus vulnérable et les économies africaines les plus fragiles, donc les impacts en matière d'inflation en matière de difficulté d'accès à l'énergie produite par les combustibles fossiles, dans l'accès aux engrais. Ces difficultés d'accès sont bien plus grandes pour l'Afrique, les coûts sont plus élevés, l'inflation sera plus dure et l’impact sur la dette et sur les finances publiques sera plus dramatique en Afrique que dans d'autres régions. 

C'est une raison additionnelle pour tout faire pour appuyer le continent africain dans ce moment particulièrement difficile. 

Et n’oublions pas, nous n'avons aucune garantie que ça va s'arrêter aujourd'hui et l’analyse que nous avons faite pour la fin de l'année nous dit qu'il y a un risque de récession mondiale avec des conséquences qui seraient absolument effrayantes (inaudible). 

Alors, je crois que c'est la responsabilité de nous tous de tout faire pour finir ce cauchemar qui vient de toute la crise au Moyen-Orient, mais en particulier du fait de la circulation sur le détroit d’Hormuz (inaudible). 

Je voudrais exprimer au Président de la Commission de l’Union africaine toute ma solidarité et tout notre appui et je voudrais remercier la France parce que, quand on a discuté, notamment dans le Pacte du futur, des réformes qui sont nécessaires dans le Conseil de sécurité et dans les agences internationales de développement, l’architecture financière internationale, la France a été un des pays développés qui s’est battu et qui a réussi à convaincre d’autres pays pour que le Pacte soit accompli. Alors, quand on voit un pays développé qui a conscience de l’importance du continent africain, c’est magnifique. 

Merci