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Allocution de M. Claver Gatete lors du 46e Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la SADC

17 août, 2026
Allocution de M. Claver Gatete lors du 46e Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC)

Quarante-sixième Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC)

 

Thème :

Une industrialisation résiliente, durable et inclusive grâce au développement des infrastructures et à la transformation des secteurs agricoles et des minerais essentiels dans la perspective d’un monde plus juste

 

Allocution du
Secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique,

Claver Gatete

 

 

Durban (Afrique du Sud)

Lundi 17 août 2026


Excellence, M. Cyril Ramaphosa, Président de la République sud-africaine, Président intérimaire de la SADC et hôte de ce Sommet,

Excellence, M. Emmerson Mnangagwa, Président de la République du Zimbabwe et Président sortant de la SADC,

Excellences, Mesdames et Messieurs chefs d’État et de gouvernement,

Excellence, M. Mahmoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l’Union africaine,

Excellence, M. Elias Magosi, Secrétaire général de la SADC,

Excellence, M. Sidi Ould Tah, Président de la Banque africaine de développement,

Mesdames et Messieurs,

 

C’est pour moi un plaisir de me joindre à vous aujourd’hui à l’occasion de ce quarante-sixième Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la SADC.

Je tiens à rendre hommage au Gouvernement et au peuple sud-africains pour leur chaleureuse hospitalité, et à féliciter le secrétariat de la SADC, sous la direction de son Secrétaire général, M. Elias Magosi, d’avoir organisé ce sommet autour d’un thème essentiel : « Une industrialisation résiliente, durable et inclusive grâce au développement des infrastructures et à la transformation des secteurs agricoles et des minerais essentiels, dans la perspective d’un monde plus juste ».

Excellences,

Notre réunion se tient à un moment critique pour la planète.

L’innovation technologique, la crise climatique, l’évolution de la situation géopolitique et la restructuration des chaînes d’approvisionnement mondiales sont en train de bouleverser le commerce, l’investissement et la production industrielle.

Dans le même temps, l’aide au développement diminue, et on assiste à une raréfaction des ressources concessionnelles, ainsi qu’à une hausse des coûts d’emprunt.

La crise au Moyen-Orient accentue encore la pression en perturbant les voies commerciales, en augmentant la volatilité des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des engrais, en accélérant l’inflation, en érodant la valeur des monnaies africaines et en resserrant les conditions de financement.

En réponse à cela, plusieurs pays investissent dans les industries de pointe, la transformation des systèmes alimentaires, la sécurité énergétique (notamment les énergies propres), la numérisation et les industries stratégiques.

Où l’Afrique s’inscrit-elle dans ce nouvel ordre économique ?

Cela fait des générations que notre continent approvisionne le monde en matières premières et en produits semi-finis, tout en ne percevant qu’une part disproportionnellement faible de l’énorme richesse générée par ce secteur.

Alors que c’est l’Afrique qui exporte des minerais, ce sont d’autres régions du monde qui fabriquent des batteries et des véhicules électriques, et mettent au point des technologies liées aux énergies renouvelables.

L’Afrique exporte des produits agricoles, mais d’autres régions transforment, conditionnent et commercialisent des produits alimentaires de plus grande valeur.

L’Afrique importe aussi d’importantes quantités d’engrais, alors même qu’elle dispose de gaz naturel, de phosphates et de potasse et qu’elle possède les capacités industrielles nécessaires.

Ce contexte freine la création d’emplois, affaiblit la résilience et entrave la transformation structurelle.

Allons-nous continuer à exporter des matières premières tandis que d’autres s’approprient les étapes de production à plus forte valeur ajoutée, ou allons-nous former un pôle compétitif pour la fabrication, l’innovation et la création de valeur ?

Le thème du Sommet de cette année apporte la réponse : il ne nous est plus permis de continuer comme avant.

Une industrialisation fondée sur les infrastructures, l’agriculture et les minéraux stratégiques est un impératif économique si nous voulons créer des emplois productifs, apporter de la valeur ajoutée à nos ressources et assurer la place de l’Afrique dans les industries de demain.

Il est important de noter que l’Afrique australe bénéficie d’atouts exceptionnels : elle dispose de riches gisements de platine, de lithium, de diamants, de manganèse, de cobalt et de cuivre, qui sont autant de ressources indispensables à la transition énergétique mondiale.

Elle est également dotée de terres fertiles, de capacités industrielles, de marchés financiers, d’infrastructures énergétiques et d’axes de transport reliant l’océan Indien et l’océan Atlantique.

Dans toute l’Afrique, les vastes ressources minières et agricoles, l’immense potentiel en énergies renouvelables et l’expansion des capacités industrielles constituent une base solide pour la transformation. Le continent recèle environ 30 % des réserves mondiales de minéraux essentiels à la transition énergétique, pour lesquels la demande pourrait plus que tripler d’ici à 2030 dans le cadre de scénarios zéro émission nette.

Les ressources sont donc à notre disposition. La question est de savoir comment exploiter ces ressources pour assurer une plus grande prospérité à notre population.

Alors que les ressources minérales représentent déjà environ 10 % du PIB de la SADC et 25 % de ses exportations, elles ne génèrent que 7 % des emplois directs.

Ce déséquilibre nous indique où se trouvent les pistes à explorer : la création de valeur ajoutée, l’intégration régionale et le développement des infrastructures.

Heureusement, l’Afrique australe offre déjà des exemples concrets de l’avenir industriel auquel nous aspirons.

En Afrique du Sud, le secteur automobile a mis en place de solides réseaux de fournisseurs, tandis que la réorientation du Botswana en faveur de la taille, du polissage et du négoce de diamants montre comment une plus grande partie de la valeur ajoutée peut être conservée dans le pays.

Les investissements réalisés par le Zimbabwe dans la transformation du lithium démontrent une prise de conscience croissante de la nécessité de créer de la valeur ajoutée avant l’exportation.

Les projets d’exploitation du gaz naturel au Mozambique sont un exemple de la manière dont les ressources naturelles peuvent appuyer l’industrialisation, la production d’engrais et la sécurité énergétique régionale.

Le corridor de Lobito, qui relie l’Angola à la Zambie et à la République démocratique du Congo, illustre comment les infrastructures peuvent réduire les coûts de transport, encourager les investissements et contribuer aux chaînes de valeur.

Le Pool énergétique d’Afrique australe est un modèle de coopération au service de la sécurité énergétique et de l’expansion des marchés industriels.

L’initiative Zambie-RDC sur les véhicules électriques à batterie vise à transformer le cobalt, le cuivre et le lithium en produits destinés aux batteries et en chaînes de valeur liées à la mobilité électrique.

Et les arguments économiques en faveur de cette vision sont convaincants : une étude réalisée par la CEA a révélé que la construction d’une usine de précurseurs de batteries d’une capacité de 10 000 tonnes en République démocratique du Congo ne coûterait qu’environ 39 millions de dollars, soit près de trois fois moins qu’aux États-Unis, tout en permettant de réduire les émissions par rapport aux chaînes d’approvisionnement existantes, qui passent par la Chine.

C’est précisément le genre de potentialité que l’Afrique doit concrétiser : ne pas se contenter d’exporter des minerais, mais produire des biens à plus forte valeur ajoutée, renforcer ses capacités techniques et ses compétences, et conserver une plus grande partie de la valeur ajoutée sur le continent.

Telle est l’approche adoptée dans le cadre du projet de collaboration entre la CEA et la Banque africaine de développement en faveur des chaînes de valeur des minéraux critiques en Afrique et des corridors stratégiques associés.

Parmi ces corridors stratégiques pour les chaînes de valeur, on peut citer, entre autres :

  • La chaîne de valeur des batteries et des véhicules électriques, qui concerne l’Afrique du Sud, la RDC, la Tanzanie, la Zambie, et d’autres pays ;

  • Le corridor d’industrialisation du lithium reliant le Zimbabwe, la Namibie, le Botswana et l’Afrique du Sud ;

  • Le corridor de transformation du graphite passant par le Mozambique, Madagascar et la Tanzanie ;

  • Le corridor du minerai de fer, du manganèse et des matériaux industriels verts, qui concerne la Guinée, la Mauritanie, le Libéria, l’Afrique du Sud, le Gabon, le Zimbabwe et la Namibie. 

Excellences,

Les idées sont là. Les perspectives ne manquent pas. Ce qu’il faut, c’est une mise en œuvre étayée par des investissements stratégiques, des institutions solides et des partenariats fondés sur une vision commune.

Les chaînes de valeur régionales doivent former la pierre angulaire de la transformation industrielle de l’Afrique, car aucun pays ne dispose à lui seul de toutes les ressources, technologies ou capacités nécessaires pour être compétitif à l’échelle mondiale.

Dans son ensemble, la SADC dispose des ressources minières, agricoles et énergétiques, ainsi que des secteurs financier et portuaire, des compétences et des marchés nécessaires pour la mise en place de réseaux de production régionaux compétitifs.

Alors, comment procéder ? Permettez-moi de vous proposer six axes prioritaires.

Premièrement, nous devons mobiliser des financements et constituer des partenariats à grande échelle. S’il revient aux pouvoirs publics de montrer la voie, ils ne peuvent pas financer seuls cette transformation.

Les institutions de financement du développement, les fonds souverains, les fonds de retraite, le secteur privé et les partenaires doivent élaborer des projets régionaux susceptibles de recevoir l’appui des banques dans les domaines de l’énergie, des transports, des parcs industriels, de la logistique, des infrastructures numériques et du développement agro-industriel.

Deuxièmement, nous devons accélérer la valorisation des minéraux et le développement des chaînes de valeur régionales liées aux minéraux essentiels. L’enrichissement ne doit pas se limiter au traitement initial.

L’objectif doit être la mise en place de filières régionales intégrées englobant l’extraction, le raffinage, les matières premières, la fabrication de composants et les produits finis.

Troisièmement, nous devons faire de l’agriculture un moteur de l’industrialisation.

Pour ce faire, il faudra procéder à des investissements dans les systèmes de production de semences, la mécanisation, l’irrigation, le stockage, la transformation des denrées alimentaires, les chaînes du froid, la logistique et les infrastructures d’exportation.

La consolidation des chaînes de valeur dans les secteurs du maïs, du soja, de l’élevage, de l’horticulture et de la transformation agricole pourra réduire notre dépendance vis-à-vis des importations alimentaires, créer des emplois et renforcer notre résilience face aux chocs climatiques.

Quatrièmement, la sécurité de l’approvisionnement en engrais et en intrants agricoles doit devenir une priorité stratégique régionale. Une offre stable d’engrais à un coût abordable est essentielle à la transformation agricole.

L’Afrique australe dispose de ressources en gaz naturel, de réserves de phosphate, d’infrastructures de transport et de marchés qui lui permettront de mettre en place des chaînes de valeur régionales dans le secteur des engrais, réduisant les coûts pour les agriculteurs tout en créant des capacités industrielles et des emplois.

Cinquièmement, nous devons renforcer les chaînes de valeur régionales en tirant parti de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Les ressources minérales peuvent se trouver dans un pays, l’énergie dans un autre, les capacités de production dans un troisième et les marchés de consommation dans toute la région.

La ZLECAf fournit le cadre nécessaire pour tirer parti de ces atouts en réduisant les barrières commerciales, en simplifiant les procédures douanières et en facilitant les investissements transfrontières.

Sixièmement, nous devons accélérer les investissements dans l’énergie et les infrastructures de base.

L’industrialisation exige une alimentation en énergie fiable, durable et d’un coût abordable, des réseaux de transport efficaces et une connectivité numérique moderne.

En s’appuyant sur le Pool énergétique d’Afrique australe, la région pourra accroître sa production d’électricité, renforcer ses interconnexions de transport et accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, l’hydroélectricité, la production d’électricité à partir du gaz et le stockage par batteries.

Excellences,

L’Afrique australe n’a pas à partir de zéro.

En tirant parti de ses ressources minérales essentielles, en développant ses marchés énergétiques régionaux, en renforçant sa production d’engrais, en mettant en place des axes de transport modernes et des chaînes de valeur agricoles compétitives, la région pourra non seulement conserver son rôle de fournisseur de matières premières, mais aussi devenir un véritable pôle de production industrielle et de transformation des systèmes alimentaires.

La voie à suivre est claire : une mise en œuvre à grande échelle, une action régionale coordonnée et des investissements soutenus.

La CEA reste déterminée à collaborer avec la SADC, la Banque africaine de développement et tous ses partenaires pour concrétiser cette vision.

Ensemble, nous pouvons aller au-delà du seul potentiel d’exportation pour créer une prospérité durable pour nos populations, la SADC et le continent.

Je vous remercie.