Par Zuzana Schwidrowski, Directrice de la Division du développement socio-économique, CEA
Comme beaucoup d’autres en Afrique, les jeunes Soudanais sont confrontés à un marché du travail difficile, caractérisé par un manque d’emplois formels et un accès limité au financement et à la formation.
Au Soudan, ces difficultés ont été exacerbées par un conflit qui a pertubé les activités économiques et les moyens de subsitance et réduit les perspectives des jeunes. Beaucoup souhaitent également jouer un rôle plus important dans la reconstruction de leur pays et dans les décisions qui façonneront son avenir.
Ces questions ont été abordées lors de rencontres avec un groupe représentatif de jeunes Soudanais à Khartoum, parmi lesquels des étudiants, des entrepreneurs et de jeunes professionnels.
Ces discussions s’inscrivaient dans le cadre des consultations multinationales menées par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) pour son Rapport économique sur l’Afrique 2027, qui porte sur le thème : « Façonner l’avenir du travail en Afrique : emploi des jeunes, croissance et résilience budgétaire ».
Outre une discussion de groupe avec une vingtaine de jeunes, des entretiens individuels ont été menés avec Ali Ahmed, Président de l’Union de la jeunesse soudanaise, présente dans les 18 États du pays et Rimah Hamid, membre de son équipe dirigeante.
De jeunes Soudanais ont évoqué la difficulté de trouver un emploi décent, de créer une entreprise sans financement adéquat et d’accéder à une formation abordable. L’information sur les programmes et les opportunités disponibles ne leur parvient pas toujours. Le conflit a considérablement aggravé ces problèmes, perturbé la production et les marchés, entraînant ainsi la fermeture d’entreprises et affectant les moyens de subsistance par le biais des déplacements de population.
Trouver du travail et construire un avenir au Soudan
Les opportunités d’emploi formel sont rares et la plupart des emplois disponibles sont informels. Les jeunes ont également souligné l’importance des relations personnelles pour accéder aux quelques opportunités formelles existantes.
Créer une entreprise est une option pour certains, mais les revenus couvrent souvent à peine les besoins essentiels, laissant peu d’argent à investir. L’accès au financement est limité et la formation peut être coûteuse.
Ces mêmes préoccupations sont apparues lors d’entretiens séparés avec des représentants de la Banque centrale du Soudan et du ministère de la jeunesse. Ils ont décrit la situation de l’emploi des jeunes comme étant catastrophique, beaucoup cherchant la moindre occasion d’acquérir de l’expérience, y compris par le biais du bénévolat. L’accès au financement et à la formation a également été identifié comme un obstacle majeur.
Pour certains jeunes Soudanais, le manque d’opportunités est un facteur déterminant dans leur décision de quitter le pays. D’autres veulent rester, et certains rentrent de l’étranger.
Plusieurs personnes consultées ont exprimé leur désir de rester au Soudan et de participer à sa reconstruction. Pour beaucoup, rester était aussi une question de dignité et de possibilité de construire un avenir dans leur pays.
Les difficultés économiques modifient également le rôle des femmes dans certaines communautés. Face à la baisse des revenus des ménages, de plus en plus de femmes recherchent du travail, des formations et d’autres moyens pour gagner leur vie. Les familles qui dépendaient auparavant des hommes comme seul soutien de la famille ne peuvent plus toujours se le permettre.
Selon certains jeunes consultés, dans certaines zones rurales, les femmes peuvent encore avoir besoin de l’autorisation du chef de famille pour travailler à l’extérieur. Ils ont également constaté que les femmes ont généralement moins accès au financement et à l’information et sont moins impliquées dans la prise de décision que les hommes.
Pour les femmes qui ont commencé à travailler en raison de la baisse des revenus des ménages, la question est de savoir si elles pourront rester économiquement actives lorsque la situation s’améliorera, avec un meilleur accès au financement, à la formation et à d’autres opportunités.
Une plus grande participation à la reconstruction et à la consolidation de la paix
Le conflit a détruit des emplois et perturbé l’éducation et la formation. Le conflit a également contraint certains jeunes à assumer de plus grandes responsabilités.
Le secteur de la santé a été cité en exemple lors des discussions. Les pénuries engendrées par le conflit ont contraint de jeunes diplômés en médecine, qui seraient auparavant restés en formation, à prendre davantage de responsabilités dans les hôpitaux.
Les jeunes souhaitent également jouer un rôle plus important dans les décisions concernant l’avenir du pays. Les personnes consultées ont estimé que la participation des jeunes à la prise de décision demeure limitée, y compris au sein de certaines institutions censées les représenter. Les jeunes Soudanais ont par ailleurs une longue tradition de mobilisation civique, notamment le rôle qu’ils ont joué lors du soulèvement de 2019.
Il a également été largement admis que la paix ne peut être atteinte sans la participation effective des jeunes.
L’Union de la jeunesse soudanaise prépare un dialogue national afin de mieux comprendre les priorités des jeunes et d’accroître leur participation à la prise de décision. Ses représentants ont évoqué la nécessité de mobiliser les jeunes Soudanais, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et de surmonter les divisions créées par le conflit.
Ils souhaitent également renforcer leurs liens avec les réseaux de jeunes régionaux et internationaux afin d’échanger des expériences et de nouer des contacts avec leurs pairs ailleurs en Afrique.
Les jeunes rencontrés par la CEA considèrent l’emploi et l’entrepreneuriat comme des éléments essentiels au redressement du Soudan. Ils souhaitent également avoir davantage leur mot à dire dans les décisions relatives à la reconstruction du pays et à la consolidation de la paix.
Pour de nombreux jeunes Soudanais consultés, ces questions sont étroitement liées. Ils aspirent à construire leur avenir au Soudan et à avoir davantage leur mot à dire sur ce que sera cet avenir.
Le Soudan illustre comment les interruptions des processus d’allègement de la dette peuvent prolonger les contraintes budgétaires et accentuer les dilemmes entre stabilisation, reconstruction et investissement productif dans la jeunesse.
![[Blog] Les jeunes Soudanais aspirent à jouer un rôle plus important dans la reconstruction et la consolidation de la paix](https://uneca.org/sites/default/files/styles/slider_image/public/storyimages/shutterstock_2143704443_1920x640_0.jpg?itok=6UFgdNJX)