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Libérer le potentiel de l’élevage au Tchad : faire du bétail un catalyseur du commerce intra-africain et d’une croissance économique durable

23 mars, 2025
Unlocking Chad’s livestock potential: Turning Cattle into a catalyst for intra-African trade and sustainable economic growth

Addis-Abeba, le 23 mars 2025 (CEA) - Avec un cheptel estimé à plus de 129 millions de têtes, saviez-vous que le Tchad possède l’un des plus importants cheptels d’Afrique et du monde ? Premier exportateur de bétail d’Afrique centrale, le pays approvisionne des marchés saturés depuis des décennies, notamment au Nigéria, au Cameroun et au Congo. Pourtant, paradoxalement, le Tchad exporte principalement des bovins sur pied et permet à d’autres pays de capter l’essentiel de la valeur ajoutée et des emplois générés par la transformation de la viande. Alors que les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) importent chaque année plus de 350 millions de dollars de viande et d’abats transformés, la valeur totale du commerce régional de bétail atteint à peine 50 millions de dollars.

Un Partenariat public-privé pour industrialiser la filière de la viande au Tchad

Pendant des décennies, l’élevage au Tchad a été dominé par des pratiques pastorales traditionnelles, efficaces pour la gestion des pâturages, mais vulnérables aux aléas climatiques et économiques. Ce modèle a confronté les éleveurs à de nombreuses difficultés, notamment des conditions de vie précaires, l’insécurité régionale et un accès limité aux installations de transformation et aux réseaux logistiques. Pourtant, malgré ces contraintes, le Tchad dispose d’un atout majeur : sa situation stratégique au carrefour des routes commerciales reliant l’Afrique du Nord, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. De plus, l’instabilité dans les pays sahéliens voisins, comme le Soudan et le Niger, a accru la demande de la viande provenant du Tchad.

Pour répondre à ces défis, le Tchad s’est engagé depuis 2022 dans une profonde transformation avec le soutien du développeur et opérateur d’écosystèmes industriels, ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP), qui conçoit, finance, construit et exploite des écosystèmes industriels à travers l’Afrique. Ce Partenariat public-privé a donné naissance à Laham Tchad, une joint-venture entre le Gouvernement tchadien et ARISE IIP. L’objectif de Laham Tchad est ambitieux : positionner le Tchad comme un exportateur majeur de viande transformée en Afrique. Pour y parvenir, un plan d’investissement à grande échelle de 790 millions de dollars des États-Unis a été élaboré et contribue directement à plusieurs objectifs de développement durable (ODD) tels que l’ODD 1 (éliminer l’extrême pauvreté et la faim), l’ODD 8 (promouvoir un travail décent et une croissance économique) et l’ODD 9 (promouvoir une industrialisation durable et encourager l’innovation).

À Moundou, la deuxième ville du Tchad, le Complexe industriel des abattoirs du Logone symbolise la transition vers une filière de la viande structurée et compétitive. Cette installation de pointe, qui emploie 280 personnes, a la capacité de transformer 200 bovins et 400 petits ruminants par jour, et offre une garantie de normes sanitaires élevées et une gestion rigoureuse de la chaîne du froid. Cependant, les ambitions de Laham Tchad vont bien au-delà. Six zones économiques spéciales (ZES) supplémentaires sont en cours de développement à Dermaya, Dourbali, Sarh, Amdjarass, Abéché et Ati, et créent ainsi un réseau industriel robuste autour de la filière de la viande. D’ici 2035, le projet vise à générer près de 2 milliards de dollars des États-Unis de revenus et à créer au moins 35 000 emplois locaux.

Une filière tournée vers le commerce intra-africain

Au-delà des infrastructures, cette transformation favorise également l’amélioration de la qualité de la production. Sous la marque « Viand’Or », Laham Tchad développe depuis plusieurs années une viande de qualité supérieure, produite selon les normes internationales et issue d’un élevage extensif et respectueux de l’environnement. Ce label se positionne comme une alternative crédible à la viande importée du Brésil ou d’Inde et offre aux consommateurs africains un produit biologique, abordable et traçable qui répond également aux normes mondiales de santé et de sécurité.

Les opportunités de marché sont déjà présentes. Le Nigéria, premier acheteur de bétail tchadien, représente une cible stratégique pour les exportations de viande transformée, sous réserve de la levée des restrictions à l’importation. L’Égypte, confrontée à une pénurie d’approvisionnement depuis la guerre au Soudan, s’est déjà tournée vers le Tchad pour sécuriser son approvisionnement en viande par voie aérienne. Le Gabon et le Congo reçoivent des expéditions par camions frigorifiques, tandis que les pays du Golfe, notamment le Koweït et les Émirats arabes unis, ont manifesté leur intérêt pour la viande de chameau tchadienne. Cette expansion sur de nouveaux marchés marque l’entrée du Tchad dans une nouvelle ère commerciale, où la viande transformée remplace progressivement le bétail vivant comme produit d’exportation phare du pays.

Cette voie d’industrialisation va au-delà de la seule production de viande. Elle stimule toute une économie locale, de l’amont agricole pour l’alimentation animale à l’aval pour l’approvisionnement de diverses entreprises locales, tout en favorisant le développement des filières du cuir, des sous-produits animaux et des services logistiques, notamment pour garantir le respect de la chaîne du froid.

Elle renforce également la résilience des éleveurs en leur offrant des débouchés commerciaux plus rentables et une meilleure protection contre la volatilité des marchés.

Un catalyseur pour le commerce intra-africain

Grâce à cette transformation, le Tchad se libère du syndrome hollandais, ce piège économique qui contraint de nombreux pays africains à exporter des matières premières à faible valeur ajoutée pour ensuite importer des produits transformés à un coût élevé. L’approche impulsée par ARISE IIP, déjà mise en œuvre avec succès dans plus d’une douzaine de pays africains, offre une alternative viable et durable basée sur la transformation des matières premières pour générer de la valeur ajoutée et des emplois localement et favoriser ainsi le commerce intra-africain grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine.

L’élevage, longtemps considéré comme un secteur traditionnel et sous-industrialisé, devient aujourd’hui le moteur d’une profonde transformation économique. Grâce à des investissements stratégiques et à une vision audacieuse, le Tchad s’engage sur une trajectoire de croissance qui ne repose plus uniquement sur ses ressources naturelles, mais sur une industrie moderne et compétitive. C’est précisément ce type d’initiative, soutenue par l’expertise d’un acteur panafricain comme ARISE IIP, des gouvernements et des parties prenantes, qui permettra aux pays africains de se libérer du syndrome hollandais.

Publié par :
Section de la communication
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