Yaoundé, 27 mars 2026 (CEA) – Dans un contexte mondial marqué par l’accélération de la transition énergétique, l’Afrique se trouve plus que jamais au cœur des dynamiques globales de décarbonation. Doté d’importantes réserves de minerais critiques, le continent peine toutefois à transformer structurellement son modèle économique, restant largement dépendant de l’exportation de matières premières brutes plutôt que de la création de valeur ajoutée localement.
C’est dans ce contexte que, réunis à Yaoundé en marge de la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, décideurs, experts et institutions internationales ont lancé un appel fort : faire des minerais critiques un véritable levier d’industrialisation, de prospérité économique partagée et de transition énergétique équitable.
Organisé par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et le Forum sur le commerce, l’environnement et les ODD (TESS), ce dialogue de haut niveau a mis en lumière la place stratégique du continent dans la reconfiguration des chaînes de valeur de l’énergie propre. En effet, avec près de 40 % des réserves mondiales de minerais stratégiques, notamment le cobalt, le lithium, le graphite et le manganèse, l’Afrique dispose d’un avantage comparatif indéniable. Toutefois, elle continue de capter une part limitée de la valeur générée.
« L’enjeu n’est plus seulement d’extraire, mais bien de transformer », a souligné Adama Ekberg Coulibaly, représentant du Directeur du Bureau sous-régional de la CEA. « Cette transformation constitue une opportunité historique d’ancrer l’industrialisation verte du continent dans une trajectoire inclusive et durable. Elle appelle à une approche intégrée, fondée sur la coopération régionale, des politiques commerciales cohérentes et des investissements responsables, afin de garantir que les ressources naturelles de l’Afrique bénéficient pleinement à ses populations », a-t-il ajouté. En filigrane, se pose une question centrale : celle de la capacité du continent à convertir ses ressources naturelles en croissance durable, en emplois qualifiés et en prospérité partagée.
Cependant, le constat reste préoccupant. Les économies africaines demeurent fortement exposées aux fluctuations des marchés internationaux, en raison de leur dépendance aux exportations de matières premières. À cela s’ajoutent le poids persistant de l’exploitation artisanale, les exigences croissantes en matière de normes environnementales et sociales, ainsi qu’un déficit de projets d’investissement suffisamment structurés pour mobiliser des financements à grande échelle. « Ces contraintes freinent la montée en gamme industrielle du continent », a relevé Henri Kouam, fondateur du Cameroon Economic Policy Institute.
Face à ces défis, l’Union africaine plaide pour un changement d’échelle, en cohérence avec l’Agenda 2063 et la Vision Minière Africaine. Dans cette perspective, la Zone de libre-échange continentale africaine apparaît comme un instrument déterminant pour structurer des chaînes de valeur régionales capables de retenir davantage de richesse sur le continent. « Cela implique non seulement des investissements massifs dans les infrastructures, mais également un renforcement des capacités industrielles et technologiques, ainsi qu’une meilleure adaptation aux exigences du marché mondial », a déclaré Jean-Bertrand Azapmo.
Dans le même esprit, la CEA insiste sur le rôle central du développement des capacités productives. Le projet de chaîne de valeur des batteries et véhicules électriques entre la République démocratique du Congo et la Zambie illustre cette dynamique émergente. « Il s’agit d’un signal fort d’une Afrique qui s’organise pour capter davantage de valeur dans les segments stratégiques de l’économie verte », a expliqué Koffi Elitcha, économiste au Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale. Il a par ailleurs souligné la nécessité d’adopter des zones économiques spéciales de nouvelle génération, intégrant les PME, les normes ESG, le développement des compétences ainsi que la recherche et le développement.
Enfin, au-delà des initiatives sectorielles, les échanges ont mis en exergue un impératif transversal : celui de la coordination. Cette coordination passe à la fois par une harmonisation des politiques publiques entre pays africains et par une implication accrue du secteur privé. Dans cette optique, Jodie Keane, de ODI Global, a insisté sur la nécessité de développer des projets bancables, alignés sur les dynamiques du marché et capables d’attirer durablement les investissements, notamment ceux du secteur privé africain.
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Zacharie Roger MBARGA – Responsable de la Communication
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