Les tensions géopolitiques récentes au Moyen-Orient constituent un choc majeur pour l’économie mondiale, avec des répercussions immédiates sur les marchés énergétiques, commerciaux et financiers. La perturbation du détroit d’Ormuz, par lequel transitaient près de 20 millions de barils de pétrole par jour, a entraîné une flambée des prix du Brent au-delà de 110 dollars le baril, soit une hausse de plus de 50 %, ainsi qu’une augmentation des coûts logistiques estimée entre 15 et 25 %. Pour les économies d’Afrique centrale, ces évolutions ne sont pas périphériques : elles touchent au cœur de leurs vulnérabilités structurelles.
En effet, les pays de la CEMAC présentent une double dépendance critique aux hydrocarbures. D’une part, le pétrole représente plus de 60 % des exportations et plus de 50 % des recettes publiques dans plusieurs pays comme le Gabon, le Congo ou la Guinée équatoriale. D’autre part, malgré cette richesse en ressources, la sous-région dépend fortement des importations de produits pétroliers raffinés, exposant directement ses économies aux hausses de prix et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. Cette configuration paradoxale amplifie les effets des chocs externes : pression inflationniste, détérioration des balances courantes, volatilité budgétaire et risques accrus sur la stabilité macroéconomique. Déjà, l’excédent commercial de la CEMAC a chuté de plus de 50 % entre 2024 et 2025, tandis que les réserves de change ont reculé de plus de 1 100 milliards de FCFA.
Au-delà des équilibres macroéconomiques, l’enjeu est également énergétique, alimentaire et social. La hausse des prix des carburants se répercute sur les coûts de transport, essentiels dans une région où plus de 80 % des biens circulent par voie routière ainsi que sur les prix des intrants agricoles et des denrées alimentaires, fragilisant les ménages et les systèmes productifs.
Face à ces défis, le Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) organise un webinaire sous-régional en mai 2026, afin d’éclairer les décideurs et de renforcer les capacités d’anticipation et de réponse des États. Ce webinaire vise à : (i) analyser les impacts de la crise sur l'économie sous-régionale, (ii) approfondir la compréhension des vulnérabilités structurelles des pays de la sous-région, (iii) identifier des mesures de politique économique concrètes pour atténuer les chocs, et (iv) formuler des recommandations stratégiques pour renforcer la résilience à moyen et long terme.
Réunissant décideurs publics, communautés économiques régionales et institutions sous-régionales, experts internationaux et acteurs du secteur privé, cette rencontre ambitionne de produire une lecture commune des enjeux et un ensemble de recommandations opérationnelles.
Au-delà de la gestion de crise, l’enjeu est clair : transformer cette vulnérabilité structurelle en catalyseur de réformes, en accélérant la diversification économique, le développement des chaines de valeurs régionales et l’intégration régionale.