Addis-Abeba, Éthiopie, le 26 avril 2026 – Le huitième Forum africain sur la science, la technologie et l’innovation s’est ouvert dimanche, en amont du douzième Forum régional africain pour le développement durable à Addis-Abeba. Les participants ont appelé à une action coordonnée pour accélérer la mise en œuvre du Programme 2030 et de l’Agenda 2063.
Ce forum, placé sur le thème « Progresser vers le Programme 2030 et l’Agenda 2063 grâce à des actions transformatrices et coordonnées dans les domaines de la science, de la technologie et de l’innovation numérique », a réuni des ministres, des décideurs politiques de haut niveau, des représentants de l’Union africaine et du système des Nations Unies, des dirigeants du secteur privé, des universitaires et des représentants de la société civile.
Dans son allocution liminaire, le Ministre éthiopien de l’innovation et de la technologie, Belete Molla, a établi un lien entre la science, la technologie, l’innovation et le développement durable. Il a notamment cité les initiatives éthiopiennes en matière de reforestation, de mobilité électrique, d’Intelligence artificielle, d’infrastructures de données et de technologies émergentes, y compris les applications pacifiques de la science nucléaire au service du développement dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de la santé. Il a souligné que la science, la technologie et l’innovation (STI) devaient être considérées comme un outil de développement concret, et non comme un idéal abstrait ou un luxe réservé aux pays développés.
Le Ministre Berkeley a également insisté sur la coopération continentale, affirmant qu’aucun pays ne peut innover isolément et a appelé à une diplomatie scientifique renforcée, à des approches harmonisées, à des systèmes interopérables et à une collaboration plus étroite.
La Ministre ougandaise de la science, de la technologie et de l’innovation et Présidente sortante de la septième édition du Forum, Musenero Masanza, quant à elle, a dressé le bilan des progrès accomplis depuis le Forum de 2025 à Kampala. Elle a déclaré que ce dernier avait permis de clarifier le rôle central des STI dans la transformation économique, l’industrialisation, la création de valeur ajoutée et la création d’emplois en Afrique, au lieu de se limiter aux universités et aux instituts de recherche.
Concernant les difficultés de mise en œuvre sur le continent, elle a affirmé que l’Afrique « excelle dans l’organisation de réunions, mais peine à assurer la continuité » et a averti que l’énergie générée lors des forums s’estompe souvent en raison d’initiatives fragmentées, d’une collaboration insuffisante, d’un suivi lacunaire et d’un manque de suivi. Prenant l’Ouganda comme exemple, elle a décrit les efforts fournis pour relier la recherche à la production et aux marchés, ce qu’elle a qualifié de fermeture de la « boîte noire » entre la recherche et l’économie.
Le Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Claver Gatete, a souligné la nécessité pour le continent d’agir avec urgence, coordination et ambition afin de tirer parti de la science, de la technologie et de l’innovation numérique comme moteurs de transformation économique, d’inclusion et de développement durable.
« Pour l’Afrique, la marge de manœuvre est désormais nulle ; le coût de l’inaction ne cesse d’augmenter. Les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront si nous saisissons la prochaine vague de transformation mondiale ou si nous la manquons complètement », a-t-il indiqué.
M. Gatete a averti que malgré les opportunités qu’offrent les technologies émergentes, l’Afrique continue de faire face à d’importantes lacunes en matière de numérique et d’innovation. En 2025, le taux d’utilisation d’Internet sur le continent n’atteignait que 36 %, avec des disparités persistantes entre les zones urbaines et rurales et entre les hommes et les femmes. Le continent africain ne représente également que 0,6 % des demandes de brevets mondiales, alors qu’il représente près d’un cinquième de la population mondiale.
« Ce sont là des signes d’un potentiel inexploité, mais aussi de lacunes urgentes que nous devons combler », a-t-il déclaré, soulignant que la question centrale qui se pose au continent est de savoir si l’Afrique se contentera de s’adapter aux technologies conçues ailleurs, ou si elle jouera un rôle décisif dans la manière dont ces technologies seront conçues, gérées et déployées.
Il a déclaré que la science, la technologie et l’innovation ne sont pas de simples accélérateurs de développement, mais le fondement même sur lequel reposeront les progrès vers le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
M. Gatete a cité des exemples concrets illustrant déjà le pouvoir transformateur de l’innovation sur le continent. Au Kenya, les technologies agricoles climato-intelligentes augmentent les rendements tout en réduisant les coûts des intrants. Au Rwanda, les systèmes d’approvisionnement de médicaments par drones ont réduit le gaspillage et les ruptures de stock, transformant ainsi les chaînes d’approvisionnement du secteur de la santé.
Pour que l’innovation se traduise par une transformation à grande échelle, M. Gatete a défini cinq priorités stratégiques pour l'Afrique.
Tout d’abord, a-t-il affirmé, l’Afrique doit aligner la science, la technologie et l’innovation sur son programme de transformation économique afin de garantir que l’innovation se traduise par de la production, de la valeur ajoutée et la création d’emplois. Il a cité en exemple les chaînes de valeur industrielles du Maroc dans les secteurs de l’automobile et des énergies renouvelables, ainsi que la fabrication de pointe et des outils numériques par l'Afrique du Sud.
Ensuite, il a appelé à un investissement accéléré dans les infrastructures publiques numériques, notamment l’identité numérique, les paiements interopérables et les données fiables. Ces plateformes, a-t-il déclaré, sont essentielles pour amplifier l’innovation et améliorer la prestation de services, comme le montrent les exemples de l’Égypte, du Ghana et de la Bulgarie.
De plus, M. Gatete a exhorté les pays africains à développer à grande échelle les compétences d’avenir, notamment en sciences, en ingénierie, en Intelligence artificielle et dans les technologies émergentes. Il a affirmé que la jeunesse africaine représente un atout extraordinaire, à condition que les systèmes éducatifs soient adaptés aux besoins de l’économie numérique et que les femmes et les jeunes y soient pleinement inclus.
En outre, il a souligné l’importance d’une coordination régionale et continentale renforcée, faisant remarquer que l’innovation ne peut se développer à grande échelle sur des marchés fragmentés. Grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le continent dispose d’une plateforme pour développer des solutions numériques, harmoniser les réglementations et mettre en place des chaînes de valeur régionales dans des secteurs tels que l’industrie pharmaceutique et les services numériques.
Enfin, il a déclaré que l’Afrique doit assurer un approvisionnement énergétique fiable, abordable et durable pour alimenter sa transformation numérique. Les centres de données, les infrastructures numériques et les technologies émergentes sont énergivores et sans énergie propre et fiable, les ambitions numériques du continent resteront limitées.
« Investir dans les systèmes énergétiques est indissociable de la stratégie numérique ; c'est un élément fondamental », a insisté M. Gatete.
Il a également souligné l’importance de la prochaine consultation régionale sur la gouvernance de l’IA, affirmant qu’elle offre à l’Afrique une occasion cruciale de façonner les normes mondiales et de garantir que les technologies émergentes reflètent les réalités, les priorités et les aspirations du continent.
« Les décisions que nous prendrons ici et les partenariats que nous nouerons détermineront si l’Afrique abordera la prochaine décennie en tant que consommatrice d’innovations ou en tant que contributrice à l’innovation mondiale », a déclaré M. Gatete.
Parmi les autres participants de haut niveau figuraient la Directrice du Bureau de liaison de l’UNESCO à Addis-Abeba auprès de l’Union africaine et de la CEA et Représentante de l’UNESCO en Éthiopie, Rita Bissoonauth et le Directeur du Département de l’éducation, des sciences, des technologies et de l’innovation à la Commission de l’Union africaine, Saidou Madougou,
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