L'Afrique centrale abrite l'un des plus importants patrimoines forestiers de la planète. Selon l'OCDE, le Bassin du Congo représente 70 % du couvert forestier humide de l'Afrique et près de 800 000 km² d'aires protégées, ce qui en fait un patrimoine stratégique pour la biodiversité mondiale, la lutte contre le changement climatique et le développement économique durable. Pourtant, cette richesse exceptionnelle reste encore insuffisamment valorisée sur le plan industriel. Si la sous-région contribue à 20 % des exportations mondiales de grumes tropicales, elle ne représente que 1 % de la production mondiale de bois scié, 6 % de la production mondiale de sciages tropicaux, 7 % de la production mondiale de placages tropicaux et 1 % de la production mondiale de contreplaqués tropicaux. Ce décalage met en évidence une faible transformation locale des ressources forestières, limitant la création de valeur ajoutée, d'emplois qualifiés et de revenus industriels.
Dans le même temps, plusieurs évolutions ouvrent une fenêtre d'opportunités sans précédent pour transformer la filière bois en moteur de diversification économique. L'interdiction progressive des exportations de grumes au sein de la CEMAC, le développement de zones économiques spéciales dédiées à la transformation du bois, l'entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ainsi que la mobilisation d'importants financements internationaux en faveur des économies forestières du Bassin du Congo créent un environnement favorable à l'émergence d'une industrie régionale compétitive.
C'est dans cette dynamique que le Bureau sous-régional pour l'Afrique centrale de la Commission économique pour l'Afrique (CEA) lance une étude régionale sur l'industrialisation durable de la filière bois en Afrique centrale. L'ambition de la CEA n'est pas d'analyser la gestion forestière, la conservation ou l'exploitation des ressources. Cette initiative place l'industrialisation, la transformation locale et la création de valeur au cœur de son analyse. Son ambition est d'élaborer une vision régionale, une feuille de route opérationnelle et des projets structurants capables d'accélérer le développement de chaînes de valeur régionales, de renforcer la compétitivité industrielle et d'attirer des investissements productifs.
La valeur ajoutée de la CEA réside dans sa capacité à articuler politique industrielle, intégration régionale, diversification économique et opportunités offertes par la ZLECAf. L'étude adopte une démarche innovante fondée sur une vision de long terme, en identifiant les réformes, les investissements et les partenariats nécessaires pour faire du Bassin du Congo non plus seulement un réservoir mondial de ressources forestières, mais un pôle industriel africain de référence dans la transformation durable du bois.