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ADF IV
 

DISCOURS DE CLOTURE

7ème Conférence Régionale Africaine sur les Femmes
(Beijing+10)


Madame Marie Angélique SAVANE
Présidente du Panel des Personnalités Eminentes
Mécanisme Africain d’Evaluation par les Paires

14 octobre 2004, Addis-Abeba, Ethiopie

Madame la Présidente de la 7ème Conférence


Excellences, Mesdames, Messieurs


Je voudrais tout d' abord remercier le Secrétaire exécutif de la Commission économique pour I' Afrique, Monsieur K. Y. Amoako de m' avoir invitée à participer au 4ème Forum Africain sur Ie Développement et à la 7ème Conférence africaines sur les Femmes consacrée à l'Examen de la mise en oeuvre de la Plate-forme d' Action de Dakar et du Programme d'action de Beijing (Beijing +10).

Mes remerciements aussi à Madame Josephine Ouedraogo, Directrice du Centre Africain pour Ie genre et Ie développement de la CEA, qui m'a fait l'honneur et l'amitié de me demander de prononcer le discours de clôture. Probablement pour rappeler les années de braise du féminisme en Afrique et transférer aux jeunes générations de femmes en lutte la foi et la détermination qui nous ont animées.

Je ne saurai terminer sans féliciter Madame Netumbo Nandi-Ndaitwah, Présidente de la 7e Conférence Africaine sur les femmes (Beijing + 10) pour la réussite de cette dernière.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

II y a trente ans, lorsque I' Assemblée Générale des Nations Unions a décidé de proclamer 1975 Année Internationale de la Femme, il s'agissait de faire respecter par les pays membres « la Déclaration des Nations Unies sur I'élimination de la discrimination à I'égard des femmes» car elle restait convaincue « que le développement global d'un pays, Ie bien être du monde et la cause de la Paix, demandent la participation maximale des femmes aussi bien que celle des hommes dans tous les domaines».
Le thème choisi fut alors « l'Egalité, le Développement, la Paix ». La décision d'instaurer une année pour les femmes était le résultat non seulement d'intenses pressions des pays occidentaux mais surtout de la nécessite de reconnaître Ie bien fondé des révoltes et des revendications des femmes qui avaient secoué l' ensemble des sociétés industrialisées. Les femmes avaient exprimé de manière parfois violente et spectaculaire leur refus de continuer à subir l’oppression patriarcale dans la famille, dans la rue, les écoles, les lieux de travail, etc. Elles exigeaient le droit au contrôle de leur sexualité et de leur fécondité, elles réclamaient enfin leurs droits juridiques et politiques. En un mot, elles décidaient de se LIBERER de toute forme d'exploitation et d'oppression.

Du coup, elles ont remis en cause les coutumes et les normes dominantes et elles ont revisité toutes les philosophies et les théories qui justifiaient le statut inférieur des femmes, qu'elles soient d'origine religieuse, sociale ou politique. Ce fut le mouvement féministe le plus puissant du monde contemporain car il ne s'agissait plus de traiter de cas individuels mais d'un profond mouvement qui allait affecter durablement la Planète entière. Car même si dans son expression, Ie mouvement féministe occidental était culturellement marqué, il posait des problèmes et des exigences pour les femmes du monde entier.

C'est pour cela, qu'il y a eu des échos dans les classes moyennes d’Afrique, d’Amérique latine et d'Asie. Ces femmes se sont alors organisées pour porter à l’attention de leurs dirigeants politiques, leur désir d'émancipation et d'égalité. Elles I'ont exprimé selon leurs cultures c'est-à-dire bien souvent de manière modérée et sans extravagance. En outre, les femmes du tiers monde refusaient d'aliéner la lutte de femmes, de celle contre Ie sous-développement et la domination politique. Elles se disaient solidaires des hommes car leurs luttes étaient communes et ne pouvaient être dissociées à partir de considérations secondaires liées à la différence de sexes. Ainsi à Mexico, en 1975 il n'y eut pas de consensus, car les Africaines, choquées par l'extrémisme du mouvement occidental ont rejeté le Féminisme. Elles ont préféré mettre l'accent uniquement sur les problèmes de développement, mettant sous le boisseau toutes les questions liées à leur oppression, en arguant que cette dernière relevait de coutumes sur lesquelles se basait leur identité. Ainsi naissait une divergence qui va faire long feu en Afrique, car entretenue par les hommes qui s'en accommodaient et systématisée par des femmes qui , objectivement, pensaient que ces traditions, ces coutumes, ces préjugés, ces tabous étaient si profondément ancrés dans noire inconscient collectif qu'il était impossible de les changer. Mais aussi et surtout qu'ils relevaient d'une volonté divine.

La rareté, voire l'inexistence de données empiriques, et surtout la faiblesse de l'analyse dialectique de la place des femmes dans les sociétés africaines, n'ont pas permis la recherche de voies alternatives capables d'asseoir les bases théoriques d'un féminisme africain. Alors tout le monde s'est contenté du concept d'Intégration des femmes au développement (IFD) qui a fait les beaux jours des bailleurs de fond et des structures gouvernementales mises en place. Aussi c'est de l'insatisfaction d'une telle situation et de la Conférence de Wellesley (USA) en 1976 qui a regroupé des femmes chercheurs et praticiennes du Développement, que des Femmes Africaines- après une année de consultations (en Suède et en Zambie)- ont décidé de créer en Décembre 1977 à Dakar, l'Association des Femmes Africaines pour la Recherche et Ie Développement (AFARD).

Leur objectif était double:

1) Décoloniser la recherche sur les femmes pour mieux appréhender la complexité de leur situation,
2) Disséminer et vulgariser les résultats de la Recherche pour conscientiser, sensibiliser les pouvoirs publics et les femmes elles-mêmes quant à l'émergence d'un mouvement féministe africain.

Ce sont ces deux tendances qui ont dominé les luttes des femmes en Afrique et qui ont connu des temps forts à la Conférence Mondiale de Copenhague en 1980, autour du débat sur I 'Excision qu'on appellera plus tard « Mutilations génitales ». Pour les unes, il fallait refuser d'en parler, et pour les autres il fallait placer le débat dans son contexte socioculturel et proposer des raisons politiques et économiques pour les cesser.

C'est à Nairobi en 1985, qu'avec le concept du Genre- enfin accepté par la Communauté internationale- que la jonction s' est faite. Malheureusement, si le concept a vidé le débat de son contenu idéologique, il n'a pas nécessairement impliqué les hommes ; et a renforcé les femmes dans le ghetto des projets féminins, des institutions et ministères pour les femmes. Ce qui n'a fait qu'accroître leur marginalisation des grands courants de décisions politiques et du débat théorique.

Il faut dire que la décennie de la Femme a coïncidé avec les Programmes d'Ajustement Structurel, avec le paiement unique du service de la dette, avec la perte d'intérêt pour l'Afrique à la fin de la guerre froide, et la « fatigue » des Bailleurs qui percevaient l'Afrique comme un tonneau des danaïdes. Alors Beijing en 1995- malgré la mobilisation extraordinaire des femmes Africaines- n'a eu ni l'enthousiasme de Mexico, ni la ferveur militante de Copenhague ou l'esprit consensuel de Nairobi.


Et 10 ans après, force est de constater qu'en dépit des grandes attentes, des efforts énormes consentis, le fruit n'a pas tenu la promesse des fleurs !

Excellences, Mesdames et Messieurs

II est primordial pour l'avenir de la lutte des femmes que l'on fasse une analyse sans complaisance des raisons de la léthargie, voire du recul du mouvement des femmes. Il est vrai qu'on ne peut régler en quelques décennies des pratiques qui remontent loin dans la nuit des temps. Mais l'Afrique, depuis les Indépendances, a su bannir ou changer de manière volontariste des pratiques, des comportements ; et a assimilé sans états d'âme des mœurs ou des valeurs venus d' ailleurs. Aujourd'hui deux courants semblent traverser notre Continent : Le désarroi total face à des prémisses qui suggèrent- à terme- des lames de fond qui peuvent bouleverser l’équilibre précaire de nos sociétés. Ou alors, un manque d’ambition, l’absence de vision et le refus d’une modernité qui exige aussi le changement du rapport de force entre les hommes et les femmes.

On peut cependant proposer des facteurs qui on contribué à cet état de fail.

1. Les Programmes d’Ajustement Structurel, la Dette, le commerce inégal on provoqué une grand instabilité dans les familles, une tension énorme dans l’accès aux ressources pour les hommes, les femmes et les jeunes, le sous-emploi et le chômage touchent toutes les générations. La revendication des femmes devient alors secondaire par rapport aux questions de survie.
2. L’ouverture démocratique, avec l’émergence de la compétition politique dans les partis lors des élections, a marginalisé les femmes peu rompues aux manœuvres politiciennes. Analphabètes dans leur grande majorité, elles demeurent une masse électorale sans capacité de négociation. On leur offre des strapontins, et leurs besoins deviennent des promesse électorales sans lendemain.
L’absence de recherches ou le peu d’utilisation des résultats de la recherche a rendu difficile un vrai débat sur la Culture, les Traditions et leur impact dans la condition des femmes. Il a été donc presque impossible de promouvoir des thèmes de lutte mobilisateurs et rassembleurs. Il en a été de même de l’incapacité de passer le drapeau aux jeunes générations.
3. Le blocage institutionnel qui a cantonné les femmes dans des structures ministérielles figées et isolées et n’a pas permis de « noyauter » les autres centres de décisions pour diffuser partout le message des femmes et conscientiser les leaders d’opinions et les dirigeants. La cause s’est diluée. Les projets féminins peu porteurs n’ont pas attiré d’investissements : ils ont alors gardé leur vocation sociale et se sont limités dans les marges de la sphère domestique. En outre, l’absence de financements nationaux a crée une dépendance totale vis à vis des « donateurs » qui ont orienté les objectifs des projets et les ont conditionnés à s’éloigner de l’analyse économique et politique. Beaucoup sont devenues « féministes alimentaires » et non des militantes de la cause des femmes !
4. Last but not least, les femmes se sont contentées du symbolisme d’une certaine représentation d’une certaine parité, oubliant qu’il ne s’agit pas uniquement de nombre, mais plutôt de qualité et de pouvoir. Quelques femmes aux commandes, c’est valorisant, mais cela ne règle pas la cause des femmes et n’introduit pas dans le système les valeurs et les pratiques nées de l' expérience des femmes.

Excellences, Mesdames et Messieurs

Face à de tels constats, loin d’être exhaustifs, que faire à l’ère de la globalisation? Car il ne s’agit pas seulement d’égrener un chapelet de difficultés mais plutôt de voir comment les dépasser et créer les conditions d'une relance ou d'une nouvelle étape du mouvement des femmes.

Aujourd'hui, les femmes doivent se mettre au cœur du débat pour la RENAISSANCE de l’Afrique, apporter leur contribution dans la définition des contours d'un tel projet de société qui englobe l'économie et la culture, c'est à dire l'Intégration et le Panafricanisme.

Et c'est autour des questions suivantes qu'il faut s'organiser

(1) Comment singulariser les besoins et les aspirations des femmes dans la demande globale pour l’équité et la citoyenneté ? Quels seront les rôles des hommes et des femmes dans le processus de transformation sociale, dans la recherche d'une bonne gouvernance ?
(2) Comment rendre plus compétitives les femmes? Comment augmenter leur productivité? Comment les insérer dans le commerce national, régional et international? Comment leur assurer des revenus décents et réguliers ?
3) Comment poser les critères de la modernité pour les femmes? Comment leur définir des droits adaptés au monde d'aujourd'hui ? Comment protéger leurs acquis? Comment valoriser leur image dans leurs sociétés ?

Pour répondre à ces questions et à beaucoup d'autres, il sera impératif- comme il l'a été dit ces jours derniers- de repenser et de recréer un mouvement Panafricain des femmes, capables de regrouper les femmes dans leur diversité politique et économique, et de les mobiliser autour des grandes idées et des grands desseins qui agitent aujourd’hui l’Afrique ; un mouvement capable d’être le porte drapeau d’un nouveau féminisme plus aguerri, plus confiant en la justesse de sa cause, capable de relever les défis de l’organisation, de la méthode et de l’efficacité. Ce mouvement doit émaner des structures démocratiques qui se mobilisent au niveau national. Il ne s’agira pas de cooptation mais d’une véritables représentation de toutes les organisations dans le pays.

Les resolutions issues de Beijing + 10 ici à Addis-Abeba ne doivent pas dormir dans les tiroirs, elles doivent être des bréviaires qui chaque jour nous rappellent à l' ordre.

Alors Mexico, Copenhague, Nairobi et Beijing n'auront pas été de vaines étapes, effacées de la mémoire collective. Les femmes africaines aujourd'hui portent haut le flambeau du féminisme, car notre continent demeure la région du monde qui connaît le plus de pauvreté, de maladies, le VIH/SlDA en particulier, le plus d'instabilités politiques, de tensions ethniques, etc.

Les femmes, par le message du Féminisme qui est :concorde, égalité, partage, partenariat, paix et développement, peuvent créer l'ESPOIR d'un
AVENIR PLUS PROMETTEUR pour les générations à venir. C'est un défi à notre portée, et nous pouvons le relever.

Je vous remercie de votre attention.


 

The persistent burden of poverty

Unequal access to education

Unequal access to healthcare

Violence

Armed conflicts

Inequality in economic structures

Inequality in the sharing of power

Insufficient mechanisms

Human rights violation

Stereotyping in the media

Environment

The girl-child
 
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